Nouvelle Recherche :
Nous vous suggérons :

Produits et services

Les articles

Offres

Denis Payre répond aux patrons de TPE et de PME

Denis Payre, entrepreneur et fondateur du mouvement politique coopératif Nous Citoyens, a accepté de répondre aux questions des utilisateurs de Companeo.

Découvrez dès maintenant dans une interview exclusive ses réponses à toutes les problématiques qui intéressent les chefs d’entreprise : l’emploi, la fiscalité, les délais de paiement, le départ des investisseurs vers l'étranger ou encore la réduction de la dette.

 

Retrouvez la vidéo de l'interview sur Youtube.

 

VANESSA POUR COMPANEO : Bonjour Denis Payre

Merci de nous accorder un peu de votre temps. Pour les quelques-uns qui ne vous connaissent pas encore vous êtes le fondateur de l’éditeur de logiciel Business Objects, premier éditeur européen à avoir été coté au Nasdaq en 1994. En 2001, vous avez fondé une deuxième entreprise, Kiala. Kiala deviendra  leader Européen des plateformes logistiques pour l’e-commerce et sera racheté en février 2012 par le géant américain UPS.

En 2013, vous créez le mouvement politique Nous Citoyens qui a pour ambition de réformer le pays autour de la mobilisation de ses citoyens. 

Sur le site internet de ce mouvement politique, vous avez ouvert le dialogue avec les citoyens sur les thèmes de la vie politique, de l’éducation, de la lutte contre l’exclusion, de l’emploi, de la dépense publique, de l’Europe, du logement et de la santé.

En revanche, nous ne voyons rien sur l’entreprise. Pourtant, bien évidement, les chefs d’entreprise sont au cœur de vos préoccupations : vous nous l’avez dit.

 

DENIS PAYRE : Absolument. La thématique de l’emploi va couvrir les sujets liés à l’entreprise. Nous n’avons pas encore formulé nos propositions sur ce sujet.Nous avons présenté un certain nombre de propositions sur la lutte contre l’exclusion. L’entreprise et l’emploi viendront dans un mois à peu près : nous avons pratiquement finalisé nos propositions, elles sont sur le point d’être en ligne.

 

COMPANEO : Comme vous le savez, Companeo est utilisé par un million de chefs d’entreprises dans leurs recherches quotidiennes de fournisseurs. Vous avez souhaité connaitre leurs principales préoccupations. Nous les avons sollicités et ils ont été nombreux à nous transmettre des questions. Nous les avons regroupées en 5 thèmes principaux et nous sommes heureux que vous acceptiez de leur répondre.

Vous allez voir, c’est assez concret.

 

DROIT DU TRAVAIL (Question de Danielle B-G)

 

  • Premier thème abordé, le droit du travail. Il est au cœur des préoccupations des chefs d’entreprises, quelles sont vos pistes pour le faire évoluer ?

 

DENIS PAYRE : Le droit du travail est un sujet que je connais bien puisque j’ai été chef d’entreprise pendant 22 ans. J’ai signé beaucoup de CDI. J’avais souvent la main qui tremblait en les signant parce qu’on sait très bien que, si ça ne se passe pas bien avec l’employé ou si on perd un client, on sera amené à diminuer la taille de l’entreprise pour pouvoir maintenir son activité. Dans ce cas, c’est compliqué, on est souvent confronté à des recours aux Prud’hommes, plus ou moins justifiés. On va alors hésiter à signer des CDI et on va créer une France à deux vitesses, avec d’un côté, des Français protégés dans leurs CDI et de l’autre des jeunes qui vont aller de CDD en stages en travaux d’intérim, qui peuvent se sentir un peu exclus de la société et qui sont souvent en situation de rébellion.

Une étude publiée il y a quelques jours montre que 61 % des jeunes de 25 à 35 ans seraient prêts à participer à des manifestations violentes. Il y a donc vraiment une frustration importante des jeunes. Le droit du travail en est l’une des causes.

--- Eviter les recours systématiques aux Prud’hommes pour inciter à l’embauche ---

Ce que l’on propose, c’est d’éviter les recours systématiques et de faire ce qu’on fait les pays qui ont résolu ce problème. En Suisse, par exemple, il existe une grille très simple et très lisible qui fait qu’il n’y a pas de débats quant à savoir ce qu’est le niveau d’indemnités dues en cas de départ. L’indemnité est plus ou moins importante en fonction de l’ancienneté. Il n’y a pas de recours systématique et les chefs d’entreprise ont beaucoup moins de craintes de signer des contrats de travail.

 

FISCALITÉ DES ENTREPRISES (Question de Bertrand M.)

 

  • Un deuxième thème fréquemment remonté concerne la fiscalité. Quel est votre avis sur les différents taux d'imposition des entreprises, notamment sur les inégalités entre les PME et les grands groupes ?

 

Les grands groupes peuvent plus facilement optimiser leur fiscalité. Ils sont présents dans de nombreux pays, peuvent jouer sur les prix du transfert et ont des experts qu’ils peuvent rémunérer. Ce qui est beaucoup moins le cas des PME qui subissent une fiscalité qui est plus lourde.

--- La fiscalité française, notamment celle qui pèse sur les entreprises, est une des plus lourdes du monde ---

Nos entreprises sont les moins rentables d’Europe, à cause du poids des charges et de la fiscalité en général et à cause du poids du coût du travail.

Le coût du travail en France est l’un des plus élevé d’Europe. Le coût d’un employé français, charges comprises, est de 34 euros de l’heure, contre 30  euros pour un employé allemand ou 20 euros pour un employé espagnol ou anglais. Il y a des disparités considérables entre les pays d’Europe et les PME sont parmi celles qui souffrent le plus de cette situation parce qu’elles ont moins de capacités d’autofinancement, moins de capacités à investir, moins de capacités à se développer et à créer des emplois.

--- Pacte de responsabilité : les baisses de charges doivent être plus importantes pour assurer la pérennité des entreprises ---

On s’est félicité du discours du Président de la République sur ce thème, avec le fameux pacte de responsabilité. D’ailleurs, on lui a proposé un bulletin d’adhésion à Nous Citoyens ! Maintenant, nous attendons les actes. Nous pensons que les mesures économiques de baisse de charges doivent porter sur des chiffres beaucoup plus importants : environ 100 milliards d’euros et non pas une trentaine de milliards comme ce qui est évoqué aujourd’hui. Ben sûr, il faut que la dépense publique soit réduite dans la même proportion pour permettre de baisser les charges. C’est un sujet absolument majeur, un enjeu de pérennité pour beaucoup d’entreprises françaises.

 

DÉLAIS DE PAIEMENT (Question d’Eric T.)

 

  • Comme vous le savez les entreprises ont des difficultés régulières de trésorerie. Quelles sont vos idées pour optimiser les délais de paiement et ne pas fragiliser la trésorerie des petites entreprises ?

 

Plusieurs directives européennes ont été prises pour essayer de raccourcir les délais de paiement. J’ai beaucoup travaillé avec le nord de l’Europe où on est habitués à des délais de paiement beaucoup plus courts. Il faut continuer à travailler sur ces sujets.

--- Les 60 jours de délais de paiement doivent être considérés comme inadmissibles ---

J’ai créé une association d’entrepreneurs européens, Entrepreneurs for Growth, qui s’est battue au niveau de la commission européenne pour créer un environnement plus favorable aux entreprises en forte croissance en Europe. Les délais de paiement ont été un des sujets abordés. Nous avons obtenu des directives européennes mais je pense qu’il faut continuer de se battre, il faut aller plus loin, il faut que les 60 jours soient considérés comme inadmissibles. Il faut passer à des délais beaucoup plus courts et avoir des sanctions plus significatives quand ces délais ne sont pas respectés.

Derrière, il y a bien sûr aussi un enjeu de rentabilité des entreprises. Les délais de paiement sont d’autant plus pénalisants quand les entreprises ne sont pas très rentables et ont une capacité d’autofinancement, donc un cashflow, qui est faible. Si on travaille à diminuer la pression fiscale sur les entreprises, les marges seront plus élevées, les capacités d’autofinancement suivront et  la question des délais de paiement prendra moins d’importance.

 

DÉPART DES INVESTISSEURS VERS L’ÉTRANGER (Question de Jérôme L.)

 

  • En 1998, vous avez quitté la France pour la Belgique. De nombreux chefs d’entreprise se posent encore aujourd’hui la question sur les moyens d’actions pour ne pas laisser partir les personnes qui ont des capacités d’investissement. Qu’en pensez-vous?

 

En 1998, j’ai créé avec mon associé une société qui était devenue leader mondial dans le domaine du logiciel, un domaine dans lequel les européens n’étaient pas présents.

Après avoir été nommé Entrepreneur de l’année aux Etats-Unis, aux côtés de Steve Jobs et de Steven Spielberg, j’ai voulu revenir en France pour aider les entrepreneurs à innover et à investir et je n’ai pas pu le faire. On me réclamait un impôt que je n’avais pas les moyens de payer, à cause du déplafonnement de l’ISF et d’un patrimoine qui était à 90 %  virtuel, qui fluctuait en permanence et que je ne pouvais pas vendre. J’ai essayé de faire changer les choses à travers Croissance Plus* mais je n’y suis pas arrivé. J’ai ensuite créé l’équivalent européen à Bruxelles, Entrepreneurs for Growth.

J’avais une bonne raison de m’installer en Belgique mais j’ai souhaité faire un travail de pédagogie. J’ai donc expliqué que je partais aussi pour des raisons fiscales, même si je n’avais pas l’obligation de le faire. Il m’a fallu dix ans pour replafonner l’ISF. Après ces dix ans, je suis revenu puisque je m’y étais engagé.

--- Réformer la fiscalité en rendant l’ISF économiquement viable ---

L’ISF reste très pénalisant  pour beaucoup d’entrepreneurs français. Beaucoup décident de quitter le pays malgré un plafonnement à 75 % qui est finalement assez peu protecteur. Aujourd’hui, les chefs d’entreprise qui ont un peu de patrimoine ont un rendement négatif, c’est-à-dire que, quand ils ont « 100 » de patrimoine, compte-tenu de la fiscalité, ils se retrouvent avec « 30 », 20 ans plus tard. Il faut évidemment réformer ça d’urgence.

Nous ne sommes pas favorables à une suppression de l’ISF en tant que tel. Il y a beaucoup de pauvreté en France aujourd’hui et ce serait mal compris. Il faut simplement rendre l’ISF économiquement viable : retirer de l’ISF tout ce qui concerne les actions et ne taxer que le patrimoine de jouissance, c’est-à-dire les résidences secondaires, les voitures, les bateaux… Et à un taux très, très, très raisonnable, de façon à le rendre acceptable. A partir de là, les gens qui ont du capital, mais aussi du savoir-faire, des réseaux, et l’envie d’aider les entrepreneurs à innover et à créer en France, resteront et contribueront au développement économique du pays.

* Association visant à promouvoir le développement des entreprises en forte croissance.

 

DETTE FRANÇAISE (Question de Jean-François B.)

 

  • Et enfin une dernière question qui préoccupe de nombreux chefs d’entreprise  qui ne comprennent la « gestion » de la France et craignent sa faillite. Quel est votre sentiment sur l'augmentation incessante de la dette ? Comment juguler la dette et retrouver la croissance dans le même temps ?

 

Ecoutez, ils ont raison. On est face à une situation qui est très, très préoccupante. Les chefs d’entreprise en sont souvent assez conscients, contrairement au reste des français. On emprunte chaque année à peu près 170 milliards d’euros, soit 700 millions d’euros par jour. Ces 170 milliards, c’est deux fois le budget de l’éducation, une somme considérable, qui ne sert pas à laisser à nos enfants des ponts, des autoroutes ou des TGV mais qui est là pour boucler la paie des fonctionnaires et financer des transferts sociaux. C’est une situation que je considère comme inacceptable.

--- Une trop grande vulnérabilité par rapport aux marchés financiers ---

Nous laissons à nos enfants un fardeau considérable. Chaque enfant qui nait, nait avec 30 000 euros de dette. Nous créons une situation de très grande vulnérabilité, de perte de souveraineté qui fait que les marchés financiers, les créanciers du pays, peuvent décider à tout moment d’ordonner une remise à plat du modèle français et de considérer que prêter à la France à 2 % quand elle ne fait pas de croissance et qu’elle n’a pas la capacité de rembourser, ça n’est pas raisonnable. Ils peuvent exiger du jour au lendemain de prêter à 10 % et obliger la France à se réformer d’urgence, à licencier peut-être 500 000 fonctionnaires et  à baisser la rémunération des autres. Une situation évidemment, qui ne nous fait pas rêver.

--- Une réduction de la dette publique d’environ 200 milliards d’euros ---

Nous préconisons un consensus au sein de la classe politique et au sein des partenaires sociaux. Qu’on se mette autour d’une table et qu’on discute de la façon de réduire la dépense publique de façon urgente, mais aussi de façon coordonnée et non pas sous la pression de tiers, avec le couteau sous la gorge. Nous pensons qu’il faut réduire la dépense publique d’à peu près 200 milliards d’euros soit à peu près 17 % de la dépense. C’est faisable. Il y a beaucoup de gaspillage aujourd’hui. Ils sont dénoncés régulièrement  par la Cour des Comptes, qui sauve l’honneur de la République. Il suffit de suivre les préconisations de la Cour des Comptes. De très nombreuses pistes ont été ouvertes, en particulier dans les collectivités locales, mais pas seulement, pour trouver les 200 milliards qui permettraient à la France de redevenir compétitive, de ne plus dépendre des marchés financiers et donc de ne plus être dans cette situation de vulnérabilité.  

 

Merci beaucoup Denis Payre. Nous espérons que ces idées et propositions répondent aux questions posées par les chefs d’entreprises.

Le débat continue sur le site www.companeo.com et www.nouscitoyens.fr

 

Commencez votre demande de devis en Création d'entreprises
Donnez votre avis sur cette actualité